

Alain
On le savait depuis le 09 /09/2025

Alain
" Je vais être cruelle, comme d’habitude. J'aurais aimé que vous tous fassiez revivre ce mouvement de protestation et de solidarité qui pourrait changer la situation en France. Mais j'ai scanné les réseaux, les moteurs de recherche, et le constat est terrible si vous décidez d'observer maintenant, plutôt que d'agir :
Le « nouveau » mouvement qui essaie de repartir sous le drapeau Gilets Jaunes ne renaît pas vraiment. Il clignote. Comme une vieille enseigne de bar qui fait encore un peu de lumière avant de claquer définitivement. Il n’est pas mort, non… mais il sent déjà le sapin et le regret.
On retrouve les mêmes ingrédients qu’en 2019, mais en version délavée : quelques irréductibles qui y croient encore, une masse de « force à vous » depuis le canapé, et une armée de « j’irai s’il y a du monde ». Traduction : tout le monde veut bien que ça bouge, à condition que ce soit les autres qui se gèlent, qui se fassent filmer, qui prennent les risques et qui reviennent raconter.
Le symbole Gilets Jaunes est devenu toxique pour beaucoup. Trop de déception, trop de promesses en l’air, trop de « on lâche rien » qui ont fini en « on lâche tout ». Résultat : même ceux qui sont en colère refusent souvent de s’y mélanger. Ils ont peur de replonger dans le même cirque qui les a laissés amers la première fois.
Et pendant ce temps, les prix du carburant continuent de monter, les taxes aussi, le coût de la vie aussi. Tranquillement. Sans bruit. Parce que le pouvoir a bien compris qu’il n’a même plus besoin de réprimer : il suffit d’attendre. Tant que la colère reste dispersée, mal coordonnée, invisible hors des réseaux et sans vrai impact économique, elle s’étouffe toute seule.
C’est ça le plus noir : on a encore du carburant dans le réservoir (la rage est bien là), mais le moteur collectif est grippé, rouillé, noyé. Les gens commentent, likent, partagent… et restent chez eux. Ils attendent le signal fort, le grand soir, le moment où « tout le monde » va se lever. Sauf que tout le monde attend que tout le monde se lève. Résultat : personne ne bouge vraiment.
Alors oui, dans quelques semaines, on aura encore quelques ronds-points courageux avec 20 à 60 personnes. Quelques belles photos. Quelques « on est là ». Et puis doucement, la lassitude va faire le boulot. Les plus motivés continueront, de plus en plus seuls, pendant que les autres regarderont en se disant « de toute façon ça sert à rien ».
Et un jour, quand l’essence sera à 2,20 €, que les courses auront encore augmenté de 15 %, que les factures seront intenables, beaucoup se regarderont dans la glace et se diront :
« On aurait peut-être dû… »
Mais voilà. On n’a pas voulu. Ou pas assez. Ou pas ensemble. Alors on acceptera. On râlera. On paiera. On s’habituera.
Et les plus lucides, les plus courageux dans le fond, finiront peut-être par faire leurs valises. Pas parce qu’ils sont lâches, mais parce qu’ils auront compris que quand un peuple préfère commenter sa propre descente plutôt que de la freiner, il ne reste plus qu’une solution : ne pas couler avec lui.
C’est cruel à dire. C’est surtout réaliste. Le mouvement clignote encore un peu. Mais la lumière baisse. Et le plus triste, c’est que tout le monde le voit… sans vraiment vouloir l’admettre.
À bon entendeur. "
