Une des premières prescriptions de l’engrais vert est la couverture du sol. Ce paillage évite que la terre reste nue après une récolte ou avant une mise en culture. Ce faisant, il offre tous les avantages, nombreux, des mulchs. Ainsi, en captant bien l’eau et en conservant la fraîcheur du sol (en réduisant l’évapotranspiration), les engrais verts limitent la corvée de l’arrosage. Ainsi que celle du désherbage : les « mauvaises herbes », conccurencées, ne peuvent germer. Couvrir le sol le protège du tassement (celui des arrosages répétés, des passages du jardinier) mais aussi du vent desséchant, du soleil brûlant, des pluies battantes, etc.
Autres intérêts reconnus des engrais verts : la structuration du sol et son enrichissement en humus et en azote. En se développant, les plantes étendent leurs racines (pivotantes, fasciculées…) et, ce faisant, elles participent à l’aération du terrain. Fauchés, leurs feuillages forment une litière qui, en se décomposant, permet le maintien du taux de humus du sol.
Quant à la réputation d’enrichir la terre en azote, elle s’applique à des engrais verts bien particuliers : ceux qui appartiennent à la famille des Fabacées (les anciennes légumineuses). Ces plantes vivent en effet en symbiose avec des bactéries, les rhizobiums, qui fixent l’azote atmosphérique du sol. Ainsi, elles fournissent ce nutriment précieux aux végétaux qui les hébergent en échange des substances carbonées, produites grâce à la photosynthèse et conduites jusqu’aux racines dans la sève élaborée. Mais quel dommage de limiter ces engrais verts à ces seuls intérêts, visibles, quand ils sont source d’une si grande richesse... souterraine !
BON À SAVOIR
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On méconnait les échanges de la vie du sol, vrai continent inexploré. Pourtant bien que débutantes, des études actuelles lèvent le voile sur quelques fonctionnements du monde souterrain. Ainsi, les Fabacées hébergent des bactéries fixatrices d’azote, la plupart des plantes vertes (près de 80%), accueillent des mycorhizes. Ces champignons vivent dans et entre les cellules des racines et développent un immense réseau d’hyphes qui explorent le sous-sol sur de grandes distances, à la recherche d’eau et de nutriments pour leurs hôtes. Ces mycorhizes ont par ailleurs la propriété de solubiliser des minéraux difficilement absorbables par les plantes sans leur intervention. Notamment le phosphore.
De la même manière que les rhizobiums (ainsi que les nombreuses colonies de bactéries de la rhizosphère), les mycorhizes diffusent dans le sol de nombreuses substances bénéfiques aux végétaux. Des hormones de croissance, par exemple, ou des molécules luttant contre les prédateurs de leurs hôtes. Les racines des engrais verts permettent l’accumulation dans le sol de nutriments, de composés protecteurs et bienveillants, de spores de mycorhizes, de nodules de rhizobium qui seront disponibles pour les cultures à venir.
Les feuillages coupés des engrais verts forment une couche de matière organique qui, en se décomposant sur le sol, enrichit ce dernier en humus. Mais on pense rarement à la litière souterraine que représentent les racines des plantes.
Les radicelles des végétaux se renouvellent sans cesse. Celles qui meurent sont immédiatement décomposées par des micro-organismes qui libèrent des éléments minéraux et des substances participant à l’élaboration de l’humus. La fourniture en racines mortes peut atteindre près de 85% de la production globale de matière organique.
Lorsqu’il se préoccupe de nourrir et de protéger son sol, le jardinier pense automatiquement, et c’est bien naturel, à ce qu’il peut lui apporter en surface : compost, paillage, fumier... Sans négliger cet important apport de matière organique, il est primordial d’enrichir la terre en profondeur, grâce à des racines vivantes, les plus diversifiées possibles.
Dans la nature, le sol ne reste jamais nu. Le pailler permet de le couvrir, mais semer des plantes va bien plus loin encore. Loin de se contenter de l’enrichir, en éléments nutritifs pour les plantes cultivées à venir, les engrais verts permettent au sol de maintenir sans cesse l’activité prodigieuse de ses si multiples habitants.
Et si nous jetions un autre regard sur les adventices, ces « mauvaises herbes » qui nous exaspèrent souvant en poussant au milieu des légumes ?
En effet, elles pourraient être considérées comme des engrais verts, occupant l’espace pendant leur développement, à couper pendant leur floraison pour les laisser se décomposer sur le sol qu’elles couvrent alors. Bien sûr, on ne parle pas ici des vivaces et problématiques chardon, chiendent, potentille et autres renoncules, mais des mourons, véroniques... Des adventices qui étalent sur le sol un feuillage léger et qui sont très faciles à arracher avant qu’elles ne montent à graines.
Certains pensent même que ces plantes spontannées « réparent » le sol en lui apportant des éléments nutritifs qui lui font défaut, en le restructurant, en atténuant les effets d’accidents climatiques...

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