SexualitéOn vante inlassablement les mérites de la marche nordique, du yoga ou des mots croisés pour préserver ses facultés cognitives. Et si le véritable secret d'une mémoire vive résidait dans l'intimité ? Loin d'être un sujet tabou ou secondaire, la libido après 70 ans s'impose aujourd'hui dans la littérature scientifique comme un levier neuroprotecteur puissant, parfois plus efficace que certains exercices intellectuels conventionnels. Enquête sur cette fontaine de jouvence cérébrale.
Pendant longtemps, la médecine a considéré la sexualité des seniors sous l'angle unique de la physiologie ou de la dysfonction. Désormais, les neurosciences changent de paradigme. Une étude marquante menée par les chercheurs des universités de Coventry et d'Oxford, publiée dans le prestigieux The Journals of Gerontology, a mis en lumière une corrélation directe entre activité sexuelle et performance cognitive.
Les résultats sont sans appel : sur un panel de plus de 70 ans, les individus maintenant une activité sexuelle régulière (qu'elle soit solitaire ou en couple) obtiennent des scores nettement supérieurs aux tests de fluidité verbale et de perception visuelle. Concrètement, cela se traduit par une meilleure capacité à trouver ses mots, à se repérer dans l'espace et à traiter l'information rapidement. Là où le sport oxygène le cerveau, la libido semble en affûter les connexions.
Comment expliquer ce phénomène ? La réponse se trouve dans la biochimie de notre cerveau. L'acte charnel, ou simplement le désir, déclenche une cascade hormonale complexe que peu d'autres activités humaines parviennent à reproduire avec autant d'intensité.
Lors de la stimulation sexuelle, le cerveau est inondé de dopamine, le neurotransmetteur de la récompense et de la motivation, essentiel pour la concentration. S'ajoute à cela l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, qui réduit drastiquement le niveau de cortisol (l'hormone du stress). Or, nous savons aujourd'hui que le stress chronique est l'un des pires ennemis de l'hippocampe, la zone du cerveau dédiée à la mémoire. En réduisant l'anxiété par le plaisir, la sexualité agit comme un bouclier neuroprotecteur.
Si la comparaison avec le sport est provocatrice, elle n'est pas dénuée de sens. Le sport muscle le cœur, mais la sexualité muscle le lien social et l'estime de soi, deux piliers fondamentaux de la santé mentale chez les seniors.
L'intimité ne sollicite pas uniquement le corps ; elle requiert une intelligence émotionnelle, une attention à l'autre et une conscience de soi. Cette complexité cognitive stimule la neuroplasticité, c'est-à-dire la capacité du cerveau à créer de nouveaux neurones et de nouvelles connexions, même à un âge avancé. Contrairement à une séance de vélo d'appartement, souvent mécanique, l'interaction intime est imprévisible et émotionnellement riche, forçant le cerveau à rester agile et éveillé.
Il est crucial de préciser que ces bienfaits ne dépendent pas de la performance physique. Avec l'âge, la définition de la sexualité évolue. Elle glisse de la génitalité pure vers une sensualité plus globale : caresses, tendresse, complicité et érotisme diffus.
Les bienfaits sur le cerveau s'observent dès lors qu'il y a un engagement intime, quelle que soit sa forme. C'est une invitation à déculpabiliser et à revaloriser le désir après 70 ans. Loin d'être une "retraite" sentimentale, cette période de la vie peut devenir un terrain d'exploration bénéfique pour nos neurones. En somme, pour garder un esprit vif, il serait peut-être temps de laisser tomber le Sudoku quelques instants pour se consacrer à des plaisirs plus incarnés.

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